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Migration : Kaïs Saïed joue sa partition à Rome

Lors de sa participation à la Conférence internationale sur le développement et la migration tenue hier à Rome, le président de la république, Kaïs Saïed, s’est fait le chantre d’un monde nouveau où les peuples du sud accèderont à la prospérité, tout en réitérant ses positions hostiles à l’immigration, qui sont beaucoup plus proches de celles de l’extrême droite européenne. La cohérence est peut-être dans la contradiction…

Saïed a appelé à la mise en place d’une «nouvelle institution financière mondiale» dont les sources de financement sont constituées «les prêts annulés et les fonds pillés et récupérés», soulignant que l’Onu a le devoir de ne pas tarder à mettre en place cette institution.

Préconisée dans un premier temps par le président du conseil italien Meloni, cette institution aura le mérite de favoriser la mise en place d’«un nouveau système humaniste capable d’insuffler un souffle d’espoir et ainsi de rendre la prospérité accessible à tous et pour tous», a expliqué le chef de l’Etat dans un discours prononcé dimanche 23 juillet 2023 au siège du ministère italien des Affaires étrangères, à Rome, dans le cadre de sa participation à la Conférence internationale sur le développement et la migration, en présence de plusieurs dirigeants et hauts responsables de pays européens, africains et du Golfe.

A cette occasion, le président de la république a rappelé la fière histoire de la Tunisie avec l’abolition de l’esclavage. «Nous avons aboli l’esclavage en 1874, et nous n’avons pas l’intention de revenir à cette tradition maudite et abjecte par la migration irrégulière», a assuré le chef de l’État. Tout en réitérant sa doctrine sur l’immigration irrégulière : «Soyons clairs : la Tunisie n’acceptera plus jamais aucun projet d’installation de migrants irréguliers, tout comme elle refuse catégoriquement d’être utilisée comme point de transit ou lieu d’hébergement et d’installation des hors-la-loi», a-t-il insisté.

Gestion internationale concertée de la migration

Rappelant l’élan de solidarité manifesté par le peuple tunisien lors de la crise des migrants subsahariens irréguliers, le président Saïed a déclaré que la Tunisie avait donné des leçons de morale aux autres en faisant primer les valeurs humaines sur toute autre considération. Il s’agit d’un message fort et d’un démenti percutant des fausses allégations relayées par les milieux liés aux réseaux de migration clandestine, aux déplacements forcés de populations et à la traite des êtres humains, a déclaré le président Saïed, ajoutant que ce trafic international est désormais «un commerce bon marché» qui génère des revenus illicites estimés à 150 milliards de dollars par an et menace 25 millions de personnes dans le monde.

Pour le président de la république, seule une gestion internationale concertée de la migration irrégulière peut changer la donne.

Ni les mesures cavalières ni les arrangements bilatéraux ne peuvent endiguer la montée de ce phénomène, a-t-il soutenu, appelant l’ensemble de la communauté internationale à rechercher des solutions efficaces à la crise migratoire sur la base d’une étude objective des causes et des raisons réelles de la migration irrégulière.

En présence de hauts responsables européens, le président Saïed a rappelé les images choquantes de bateaux coulant au large des côtes, d’opérations de recherche en cours pour retrouver les corps de migrants disparus et de tentatives de migration clandestine interceptées par les autorités, regrettant que ces incidents tragiques soient devenus de simples faits divers rythmant les bulletins d’information quotidiens.

Le président Saïed a aussi rappelé «les scènes tragiques et lugubres où des bateaux jonchent les plages, où la puanteur de la mort rôde ici et là, troublant nos consciences et nous rappelant que la migration est devenue un saut dans l’inconnu pour échapper au joug du désespoir et de l’injustice».

Le chef de l’Etat a poursuivi en rappelant que la crise actuelle est le corollaire logique des flux migratoires qui l’ont précédée sous l’occupation et le colonialisme, fustigeant la détermination des pays développés à vendre des armes aux pays africains afin d’exacerber les tensions et d’alimenter les conflits.

«Il aurait été plus sage et plus opportun d’utiliser ses richesses, gaspillées et gaspillées dans le trafic d’armes, pour conjurer la famine en Afrique», a poursuivi le chef de l’État, affirmant qu’il ne peut y avoir de sécurité et de stabilité sans examiner les véritables raisons de l’inégalité et de l’insécurité.

Le président Saïed a également souligné que cette conférence de haut niveau est la première du genre à se pencher sérieusement sur la question de la migration irrégulière, soulignant qu’au fil des années ce phénomène est devenu une véritable tragédie humaine. Il a également saisi l’occasion pour féliciter le président du Conseil italien d’avoir répondu si rapidement à l’initiative tunisienne appelant à identifier des solutions à la question migratoire.

La conférence internationale de Rome a été l’occasion de réaffirmer sans équivoque la position de la Tunisie selon laquelle il n’est plus question que notre pays devienne «un simple couloir, un point de transit ou un lieu d’accueil et d’installation des migrants en situation irrégulière», a déclaré le chef de l’Etat, dans une déclaration aux médias publics tunisiens, ajoutant que «les garde-côtes tunisiens sont là pour protéger la côte tunisienne».

Ruée vers le nord à cause de la misère

Le président Saïed a tenu à rappeler que la conférence de Rome était aussi l’occasion de rappeler que les parties impliquées dans la question migratoire portent l’entière responsabilité morale en la matière, indiquant que la conférence avait permis d’évoquer un certain nombre de questions relatives aux migrants réguliers qui viennent en Tunisie dans le respect de la loi et de discuter du statut des personnes déplacées qui affluent en Tunisie à la suite d’opérations de migration illégale planifiées par des réseaux criminels actifs dans le trafic de personnes et d’organes.

Poignée de mains avec Cheikh Mohamed Ben Zayed Al Nahyan.

Tout en exprimant sa fierté de l’appartenance des Tunisiens à l’Afrique, le chef de l’Etat a tenu à souligner qu’«aucun pays au monde n’accepte l’installation sur son propre sol de tribunaux, de crèches ou l’application d’un quelconque code du statut personnel dédié aux personnes déplacées».

Comment sont-ils arrivés en Tunisie ? Comment quelqu’un des confins du continent africain sait-il à l’avance que la ville de Sfax sera sa destination ?, s’est interrogé le chef de l’Etat, ajoutant que ces interrogations légitimes sont une preuve supplémentaire que ces opérations sont bien planifiées et ordonnées par des réseaux transfrontaliers opérant dans la traite des êtres humains.

A l’époque coloniale, la migration se faisait vers le sud, a rappelé le chef de l’Etat, soulignant qu’on assiste aujourd’hui à un mouvement inverse, une ruée vers le nord à cause de la misère, de la pauvreté et de l’émergence de nouveaux modes de travail.

En d’autres termes, la situation actuelle dessine avec éclat les contours d’un monde «divisé» en deux blocs. Un monde dédié aux «êtres humains» et un autre aux «pauvres, damnés et vulnérables», a dénoncé le président de la république, réitérant la nécessité de s’attaquer aux causes et aux origines du phénomène grandissant de la migration irrégulière et exprimant une convergence de vues avec la présidente du Conseil italien, Giorgia Meloni, sur la création d’une nouvelle institution financière mondiale alimentée par les prêts annulés et les fonds récupérés auprès des banques du Nord.

M. Saïed a ajouté qu’il était honteux de voir des milliers de personnes livrées à elles-mêmes dans le monde d’aujourd’hui, sous un soleil de plomb, sans eau ni abri, réaffirmant que les Tunisiens avaient rempli au mieux leur devoir moral, contrairement à nombre d’organisations internationales qui avaient fait la sourde oreille et gardé les bras croisés. «Déplacés, fragilisés et contraints de quitter leur foyer par les agendas des réseaux criminels, ces migrants n’ont rien à voir avec les communiqués publiés ça et là par une organisation ou un forum de défense des droits de l’homme», a insisté le président Saïed, en réponse aux Ong qui ont dénoncé les agressions subies par les migrants subsahariens de la part des autorités tunisiennes qui les ont déportés de Sfax vers les zones frontalières avec la Libye et l’Algérie.

Poignée de main avec Abdul Hamid Al-Dabaiba.

La conférence de Rome s’est déroulée dans un contexte marqué par la montée du flux de migrants subsahariens irréguliers vers l’Europe via la Tunisie et les autres pays d’Afrique du Nord, qui continue de susciter de vives inquiétudes parmi les pays des deux rives de la Méditerranée.

En marge de la conférence, le président Kaïs Saïed s’est entretenu avec la présidente du conseil italienne Giorgia Meloni, le chef du gouvernement d’union nationale libyen Abdul Hamid Al-Dabaiba, et le président des Émirats arabes unis, Cheikh Mohamed Ben Zayed Al Nahyan.

I. B. (avec Tap).

 

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