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Brigitte Bardot | La lionne à la chevelure d’or ne rugira plus

L’actrice française Brigitte Bardot est décédée dimanche 28 décembre à l’âge de 91 ans, dans sa résidence de Saint-Tropez, a annoncé la Fondation qui porte son nom. Sa disparition marque la fin d’un mythe cinématographique mondial, mais aussi celle d’une personnalité dont l’image a longtemps suscité fascination, débats et malaise, y compris au sud de la Méditerranée.

Révélée en 1956 par ‘‘Et Dieu… créa la femme’’ de Roger Vadim, Brigitte Bardot devient rapidement l’un des visages les plus célèbres du cinéma international. Dans les années 1950 et 1960, son image de femme libre, sensuelle et affranchie des conventions morales bouscule les normes d’une époque encore très conservatrice. Cette représentation trouve un écho particulier dans de nombreux pays du Maghreb, où le cinéma égyptien, tunisien ou algérien observe alors avec attention l’évolution des figures féminines à l’écran en Europe.

Un engagement radical

Dans les cinémas de Tunis, d’Alger ou de Casablanca, les films de Bardot circulent, nourrissant autant l’admiration que la controverse. Elle incarne une modernité occidentale attirante pour une partie de la jeunesse urbaine, tout en provoquant rejet ou incompréhension dans des sociétés en pleine recomposition identitaire, marquées par les luttes anticoloniales puis les indépendances.

Après son retrait du cinéma en 1973, Brigitte Bardot se reconstruit une nouvelle notoriété à travers son engagement radical pour la cause animale. Cet engagement est parfois perçu positivement au Maghreb, notamment dans les milieux associatifs sensibles à la question du bien-être animal, mais il est largement éclipsé par ses déclarations publiques hostiles à l’islam et aux immigrés, qui ont profondément choqué de l’autre côté de la Méditerranée.

Ces prises de position ont durablement affecté son image dans les sociétés maghrébines, où elle est progressivement passée du statut d’icône culturelle à celui de figure symbolisant certaines dérives du discours identitaire européen. En Tunisie comme en Algérie ou au Maroc, son nom est souvent associé à une forme d’incompréhension, voire de rejet, liée à la stigmatisation des musulmans et des populations issues de l’immigration.

À l’annonce de son décès, les hommages officiels en France ont souligné son rôle majeur dans le rayonnement culturel français. La chanteuse Mireille Mathieu a salué une femme ayant «marqué l’histoire de France», tandis que le président Emmanuel Macron a évoqué une figure incarnant une certaine idée de la liberté. Ces hommages contrastent avec une réception plus nuancée, voire critique, dans le monde arabe et maghrébin. «La lionne à la chevelure d’or ne rugira plus…», écrira Jack Lang, le directeur général de l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris. «Derrière ses airs ingénus et mystérieux, elle était une étoile à l’esprit désinvolte», ajoutera-t-il.

Une mémoire ambivalente

Brigitte Bardot laisse ainsi une mémoire ambivalente dans l’espace méditerranéen : celle d’une actrice qui a contribué à transformer le regard porté sur la femme dans le cinéma moderne, mais aussi celle d’une personnalité dont les prises de parole ont renforcé des fractures culturelles et symboliques déjà profondes entre les deux rives.

Sa disparition invite à relire son parcours sans complaisance ni caricature, en tenant ensemble l’impact artistique indéniable et les zones d’ombre d’un engagement public qui a souvent heurté les sociétés du Sud.

Entre fascination culturelle et distance critique, Brigitte Bardot restera, pour le Maghreb, une figure révélatrice des malentendus persistants entre l’Europe et son voisinage méditerranéen.

Djamal Guettala 

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