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Peut-on continuer à faire confiance aux banques américaines ?

On se demande pourquoi des États en conflit ou simplement embrouillés avec les États-Unis, ainsi que de nombreuses personnalités politiques ou hommes d’affaires, continuent de déposer leur argent dans les banques américaines en acceptant de courir le risque qu’incarne aujourd’hui la gouvernance imprévisible et parfois brutale du président Donald Trump. Le système financier des États-Unis est-il à ce point incontournable ?

Lotfi Sahli

À première vue, la situation paraît paradoxale. Comment expliquer que des pays qui dénoncent l’hégémonie américaine, voire s’y opposent ouvertement sur le plan diplomatique ou militaire, continuent d’utiliser les banques américaines et le dollar pour stocker leurs réserves ou sécuriser leurs fortunes privées ? Derrière ce paradoxe se cache une réalité plus profonde : le pouvoir américain s’exerce moins par la force que par l’architecture financière mondiale.

Le dollar, colonne vertébrale de l’économie mondiale

Le premier élément de réponse tient en un mot : le dollar. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la monnaie américaine s’est imposée comme la référence du commerce international. Le pétrole, le gaz, les matières premières stratégiques et une grande partie des échanges mondiaux sont libellés en dollars. Pour commercer avec le reste du monde, un État — ami ou ennemi des États-Unis — a donc besoin de cette monnaie.

Cette domination confère aux États-Unis un avantage structurel : détenir des dollars ou des actifs libellés en dollars n’est pas un choix idéologique, mais une nécessité pratique. Renoncer au dollar reviendrait, pour beaucoup de pays, à s’isoler économiquement ou à accepter des coûts bien plus élevés.

Les banques américaines, refuge paradoxal

Au-delà de la monnaie, les banques américaines attirent par leur stabilité. Malgré les critiques politiques, les États-Unis restent perçus comme un État de droit solide, doté d’institutions financières robustes, de règles claires et de tribunaux capables de faire respecter les contrats.

Pour des dirigeants ou des hommes d’affaires issus de pays instables, placer leur argent à New York ou à Miami peut être vu comme une assurance contre les crises politiques, les nationalisations arbitraires ou les changements de régime.

Ainsi, même ceux qui contestent l’influence de Washington peuvent faire confiance à son système juridique et bancaire. Ils rejettent parfois la politique américaine, mais reconnaissent l’efficacité de ses institutions.

Wall Street, cœur battant de la finance mondiale

Les marchés financiers américains jouent également un rôle central. Wall Street offre une profondeur et une liquidité sans équivalent : les États-Unis peuvent absorber des flux financiers colossaux sans déséquilibrer leur économie. Les bons du Trésor américain, par exemple, sont considérés comme l’un des placements les plus sûrs au monde.

Pour les banques centrales comme pour les investisseurs privés, il n’existe aujourd’hui aucun marché capable d’offrir à la fois cette sécurité, cette taille et cette flexibilité. Là encore, le choix est moins politique qu’économique.

Un système mondial façonné par Washington

Le pouvoir financier des États-Unis ne repose pas uniquement sur leurs banques. Il s’étend à l’ensemble de l’infrastructure financière mondiale. Les systèmes de paiement internationaux, comme Swift, ainsi que les grandes institutions financières internationales — Fonds monétaire international et Banque mondiale — ont été conçus dans un cadre largement influencé par l’Occident et, en particulier, par Washington.

C’est cette architecture qui rend les sanctions américaines si efficaces. En coupant l’accès au dollar ou aux circuits financiers internationaux, les États-Unis peuvent exercer une pression considérable, même sans recourir à la force militaire.

On pourrait penser que les États en conflit avec les États-Unis chercheraient à retirer massivement leurs fonds du système américain. Mais une telle décision serait risquée. Un retrait brutal ferait chuter la valeur de leurs propres actifs, perturberait leurs échanges commerciaux et enverrait un signal de panique aux marchés. En pratique, beaucoup de pays se retrouvent dans une relation de dépendance mutuelle : ils critiquent le système, tout en continuant à l’utiliser.

Des alternatives encore incomplètes

Des tentatives de contournement existent. La Chine promeut le yuan, la Russie et l’Iran développent des systèmes de paiement alternatifs, et les pays des Brics évoquent régulièrement la création de nouvelles structures financières. Mais ces alternatives restent fragmentées, peu liquides ou trop contrôlées par les États pour inspirer une confiance mondiale. Quant aux cryptomonnaies, leur volatilité et leur traçabilité limitent leur usage à grande échelle.

Au final, le système financier américain n’est pas absolument incontournable en théorie. En pratique, s’en passer a un coût économique et stratégique considérable. C’est là toute l’ironie de la situation : les États-Unis peuvent exercer un pouvoir financier immense précisément parce que le reste du monde a, volontairement ou non, choisi d’adopter leur système.

Le véritable pouvoir de Washington ne réside donc pas seulement dans ses bases militaires ou ses alliances, mais dans une domination financière devenue, pour beaucoup, impossible à éviter.

(Avec le concours de Google, Gemini AI, Deepseek).

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