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A quand des facultés privées de médecine dans les régions de l’intérieur?

La Tunisie a tous les atouts pour devenir une plateforme d’enseignement de la médecine à l’échelle de la région et du continent. Face à la demande croissante de médecins, sur les plans intérieur et extérieur, il serait judicieux de créer des facultés privées de médecine dans les régions de l’intérieur.    

Dr Abdelmajid Mselmi *

La  demande sur les médecins s’est fortement développée dans le monde ces dernières années. Les médecins tunisiens sont de plus en plus demandés en Europe ainsi que dans les pays du Golfe en raison de leur compétence. En Tunisie et en dépit de l’existence de quatre facultés de médecine qui forment chaque année environs 1000 médecins, la demande intérieure et extérieure est accrue.

Pourquoi former plus de médecins?

Il n’y a pas de doute pour tout observateur averti qu’il y a un intérêt évident pour former plus de médecins en Tunisie.

D’une part, pour satisfaire davantage la demande interne pour soigner les Tunisiens, car il y a un manque grandissant de médecins à cause des départs à l’étranger.

D’autre part, la Tunisie constitue une plateforme de tourisme médical à l’échelle régionale et même internationale. Cela doit constituer un axe stratégique de développement dans les prochaines années. Pour cela, il faut former plus de médecins tunisiens pour subvenir aux besoins de la patientèle étrangère.

En outre,  il y a une demande accrue à l’échelle mondiale. Les médecins tunisiens qui vont migrer à l’étranger constituent une richesse pour le pays loin des idées pessimistes et isolationnistes. Le monde est actuellement un petit village et la mobilité des personnes sera la règle dans les prochaines années. La profession du médecin est encore très prisée par les jeunes tunisiens ainsi que leurs parents qui dépensent actuellement des sommes importantes pour des études médicales à l’étranger. De plus, les études à l’étranger constituent une hémorragie importante en devises dont le pays a fortement besoin.

Un partenariat public-privé

Actuellement, l’Etat tunisien n’a probablement pas les moyens de mettre en place de nouvelles facultés de médecine. Le souci majeur des responsables qui pilotent l’enseignement médical en Tunisie (doyens, conseils scientifiques, enseignants..) c’est d’assurer une bonne qualité de formation comme c’est le cas actuellement. Leur  crainte justifiée d’une ouverture sur l’enseignement privé c’est de brader la qualité de la formation des futurs praticiens. Pour cela, le partenariat public privé peut offrir des garde-fous pour éviter toute dérive.

Ce partenariat peut être réalisé en pratique par l’affectation des étudiants dans les facultés privées à travers le système d’orientation organisé annuellement par le ministère de l’Education. Ce système d’orientation (par ordinateur) est connu par sa rigueur et son équité. Ainsi, la faculté privée de médecine sera inscrite dans le guide d’orientation universitaire et l’affectation est obtenue sur la base du score exigé pour les facultés publiques pour assurer une équité entre les étudiants.

On peut aussi mettre la faculté privée sous «tutelle scientifique et pédagogique» d’une faculté publique de médecine dans la supervision de l’enseignement avec possibilité d’organiser des évaluations et des examens communs.

Les atouts des régions de l’intérieur

Historiquement, les facultés de médecine ont été construites dans les régions côtières. Pour plusieurs observateurs, ce n’était  pas tellement pertinent car cela a entraîné un déséquilibre régional qui a nui à la cohésion nationale.

Il est fort connu que la mise en place de lycées ou de facultés dans les régions favorisent leur développement. N’oublions pas que les villages tunisiens ont été développés à l’aube de l’indépendance autour des écoles et des lycées construits partout sur le territoire tunisien. La mise en place de facultés de médecine dans les régions de l’intérieur permettra de donner un coup de pouce au développement dans ces régions.

Les villes de l’intérieur présentent un avantage de taille : les hôpitaux régionaux constituent d’excellents terrains de stage car le stage pratique constitue un pilier principal pour la formation de l’étudiant en médecine. Cela permettra aussi de décongestionner les terrains de stage dans les grandes villes hospitalo-universitaires qui se trouvent parfois débordés par le nombre important de stagiaires externes et internes.

Plusieurs hôpitaux régionaux ont déjà une vocation universitaire et sont dotés de plus en plus par des cadres hospitalo-universitaires qui peuvent assurer l’encadrement des étudiants.

Ouverture sur les étudiants étrangers

Parmi les objectifs de la mise en place des facultés privées de médecine c’est de recruter des étudiants étrangers qui souhaitent faire des études médicales. Des milliers d’étudiants étrangers font des études dans diverses disciplines en Tunisie à l’exception des études médicales. Notre pays, de par sa position géographique, la qualité de son enseignement, son climat et son coût de vie modéré, constitue une destination privilégiée pour les étudiant étrangers et notamment africains et des pays du Maghreb. La Tunisie a tous les atouts pour devenir une plateforme d’enseignement universitaire à l’échelle régionale.

«Thinking outside the box» : c’est peut être ce qu’il faut pour notre pays dans ce monde de plus en plus difficile.

* Chirurgien, professeur agrégé.

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