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Tunisie | 70 ans d’indépendance et de… recherche de la stabilité  

Alors qu’elle s’apprête à célébrer, malheureusement avec de moins en moins de panache, le soixante-dixième anniversaire de son indépendance, la Tunisie se trouve confrontée depuis plusieurs décennies, en plus de ses contradictions internes, aux effets pervers des choix politiques et économiques de ses voisins terrestres qui ont montré leurs nombreuses limites malgré ou peut-être à cause de la manne des pétrodollars.

Elyes Kasri *

De la vague corrosive de la contrebande au phénomène du terrorisme sous toutes ses formes, y compris l’épisode inoubliable de Gafsa, en 1980, fomenté par ces chers voisins, à la métastase de l’argent sale, s’est ajoutée au cours des dernières années les vagues successives d’immigrés subsahariens qui, pour atteindre les frontières tunisiennes, parcourent, miraculeusement sans être refoulés, plusieurs centaines de kilomètres dans les territoires des deux pays voisins et frères.

La réflexion sur les scénarios de sortie de crise d’une Tunisie fortement éprouvée semble se limiter jusqu’à présent aux causes endogènes sans poser la question des facteurs de déstabilisation importés des pays voisins par simple impuissance ou à dessein pour l’utiliser comme une soupape de sécurité à une gestion sociopolitique et économique calamiteuse dont la manne des pétrodollars n’arrive pas à masquer les effets pervers.

Une Tunisie trop ambitieuse qui dérange

Certains vont jusqu’à suspecter une volonté délibérée d’affaiblir et peut-être même d’asservir une Tunisie trop ambitieuse qui dérange et donne «le mauvais exemple» socio-démocratique.

Au-delà des réformes douloureuses qui s’imposent avec une acuité croissante, le salut de la Tunisie est en fait lié à la stabilité de ses voisins terrestres non pas par le feu et le sang, le règne des milices armées d’un côté et l’instrumentalisation répressive du terrorisme de l’autre, mais par un véritable processus de réformes démocratiques et économiques à travers toute la région.

En fait, le Maghreb est confronté à deux visions diamétralement opposées, celle d’un Maghreb des régimes avec leurs dérives despotiques et kleptocratiques opposée à celle d’un Maghreb espace de réformes, de prospérité des peuples, de liberté et de démocratie.

Le luxe de la temporisation et de l’expectative

Cette question fondamentale pour la sécurité, la stabilité et la prospérité de la Tunisie pose le dilemme de la passivité avec son corollaire d’attente à la Godot d’un déclenchement aléatoire de ce processus démocratique et réformiste chez ses voisins ou le considérer comme faisant partie intégrante de la sécurité nationale en y jouant un rôle plus actif afin de favoriser l’émergence d’un véritable Maghreb des démocraties et des peuples et non pas un Maghreb de régimes contestés et à certains égards désavoués par leurs propres peuples.

Ce choix difficile et lourd de responsabilités et de risques pèsera sur le sort et les chances de relance et même de survie de la Tunisie au cours des prochaines décennies si la conjoncture internationale et les bouleversements géostratégiques qui semblent s’accélérer lui donnent le luxe de la temporisation et de l’expectative.

* Ancien ambassadeur.

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