Accéder au contenu principal

Israël | Netanyahu tire fierté de ce dont il devrait avoir honte

Israël a déjà éliminé une grande partie des directions qui l’entourent. Les cimetières du Moyen-Orient sont pleins à craquer des tombes d’hommes d’État, de commandants, de scientifiques, de journalistes et même d’intellectuels qu’Israël a assassinés. Un État qui tue autant de dirigeants ne peut être un membre respectable de la communauté des nations.

Gideon Levy *

Deux hommes en cravate, souriants, traversent le hall d’un immeuble de bureaux. Leur anglais est soigné. «Je suis vivant, mais j’ai cette carte», dit l’un d’eux en sortant de la poche de sa veste une carte à poinçonner comme celles qu’on utilisait autrefois dans les bus israéliens, bus qu’il n’a d’ailleurs jamais pris.

«Ne la lisez pas», dit-il à son compagnon, faisant semblant de lui cacher la carte. Le second détourne le regard. «Aujourd’hui, j’ai effacé deux noms sur cette carte, et vous voyez combien il m’en reste à faire sur cette série», dit le premier, tout en partageant le secret.

Assassin et fier de l’être  

«Vous savez ce qui est bien ?» demande le second. «Mon nom ne figure pas sur cette carte.» Les deux éclatent d’un rire qui détend l’atmosphère. «Vous êtes sur la liste des gentils», rassure le premier son ami. «Épaule contre épaule, nous nous débarrassons de ces fous furieux», dit-il en sortant à nouveau la carte de sa poche. «Nous les éliminons», se vante-t-il. «J’adore ça», répond son ami.

Ce n’est pas une série criminelle, ni un film de mafia, ni des assassinats dans la pègre, ni des tueurs à gages. Il s’agit du Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu, et de l’ambassadeur des USA en Israël, Mike Huckabee, qui envisage un État juif du Nil à l’Euphrate à leur image et à leur ressemblance, et qui tirent fierté d’actes de meurtre. Il n’y a pas d’autre mot pour le décrire. Netanyahou a publié la vidéo sur ses comptes de réseaux sociaux, fier d’être un parrain de la pègre. Il joue bien son rôle.

Mais Netanyahou n’a pas besoin de faire preuve de talent d’acteur : la vidéo est fidèle à la réalité, ce n’est pas une fiction, mais un documentaire. Israël comme organisation criminelle, Netanyahu comme le chef de la mafia. Lui et les auteurs de la vidéo méritent des éloges pour leur honnêteté et leur volonté de montrer les choses telles qu’elles sont. Israël comme une mafia. Il devrait avoir honte d’en être fier. La Bulgarie utilisait autrefois des parapluies empoisonnés pour éliminer des dissidents et en a aujourd’hui honte. Israël tue par frappes aériennes et en tire fierté.

Pendant qu’il se réjouit, l’imagination s’emballe, et les médias ainsi que le public tremblent d’excitation à chaque assassinat.

Israël a déjà éliminé une grande partie des directions qui l’entourent. Les cimetières du Moyen-Orient sont pleins à craquer des tombes d’hommes d’État, de commandants, de scientifiques, de journalistes et même d’intellectuels qu’Israël a assassinés. Du poète Ghassan Kanafani à Beyrouth en 1972 au haut responsable iranien de la sécurité Ali Larijani à Téhéran en 2026, les cartes de la mort d’Israël se remplissent, jusqu’à ce qu’elles soient remplacées par de nouvelles.

La cible de l’assassinat, qui n’a pas été assassinée parce qu’elle n’est jamais née, ni la victime de l’assassinat sans successeur. Une seule différence entre les séries criminelles et les assassinats réels : sur Netflix, il reste parfois une place pour s’interroger sur la légitimité des actes. Dans le true crime israélien, ces questions ne se posent pas. Ils sont considérés non seulement comme légitimes, mais aussi comme une source de fierté.

Deviner la prochaine cible

Quelle est la meilleure chose qu’Israël ait faite ces deux dernières années ? L’opération des bipeurs ? Une fierté nationale pour avoir estropié des centaines de personnes et tué des dizaines d’autres ? Ou peut-être l’élimination de Hassan Nasrallah et de ses hommes, de Yahya Sinwar et de son frère Mohammed, de l’ayatollah Ali Khamenei et de ses étudiants, de Khan Younès à Téhéran. Quel beau monde nous avons créé.

Les commentateurs des médias israéliens rivalisent pour deviner la prochaine cible et celle d’après, traçant des X. Le Premier ministre et l’ambassadeur tournent une vidéo écœurante sur les assassinats ciblés. «J’adore ça», dit l’ambassadeur, les yeux pétillants. Mais au-delà du prétentieux «quels héros nous sommes», on ne peut échapper à la vérité : l’assassinat est un euphémisme pour le meurtre. Ses planificateurs et ses exécutants sont des meurtriers. Un État qui tue autant de dirigeants ne peut être un membre respectable de la communauté des nations.

Quand le Premier ministre se vante de sa carte de pointage meurtrière, il n’est pas étonnant que des policiers des frontières assassinent une famille palestinienne pour le plaisir. Quand l’ambassadeur usaméricain dit qu’il «adore ça», il ne faut pas s’étonner du dégoût qu’inspire son pays.

La guerre est une chose laide. Les assassinats politiques n’en sont pas une composante inévitable ; ce sont des actes de meurtre.

D’après Haaretz / Traduit par Tlaxcala

L’article Israël | Netanyahu tire fierté de ce dont il devrait avoir honte est apparu en premier sur Kapitalis.



https://ift.tt/yF2kCqL
#COVID19#coronavirus#Covid_19#tunisia#tun#tunisie#news

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Environnement : Enjeux géopolitiques de la COP26 à Glasgow

Tweet Share Messenger Le site où se tiendront les pourparlers de la COP26 à Glasgow, en Ecosse, du 31 octobre au 12 novembre 2021 (Crédits photo : @Nidhal Attia). À l’approche de la COP26, la politique climatique mondiale connaît une profusion d’annonces qui seront mises à l’épreuve durant les deux premières semaines du mois de novembre 2021. Entre pays ayant établi des objectifs de neutralité carbone pour 2050 (les États-Unis et l’Union Européenne) et d’autres plutôt vers 2060 (la Russie, la Chine), le défi majeur réside non dans les dates butoirs, mais dans la transformation de ces promesses tonitruantes en de véritables actions concrètes et d’établir des mécanismes de mise en œuvre transparents, capables d’entraîner de réelles réductions des émissions. La société civile internationale interpelle déjà les chefs d’États à atteindre un ‘’vrai zéro’’ fondé sur des transformations réelles pour éviter que ces objectifs de neutralité ne soient des couvertures pour l...

Concert unique « Cordes & Voix » à la Cathédrale de Tunis

Des artistes tunisiens et le prestigieux chœur des Petits Chanteurs de Monaco organisent un concert unique “Cordes & Voix” à la Cathédrale de Tunis. Ce concert, prévu pour samedi 25 octobre à 20h30 est le fruit de deux sessions artistiques d’excellence consacrées au Chant choral, la Direction de chœurs, et à la Musique de chambre. Entrée libre Pour les masterclass de ces sessions, la Fondation Hasdrubal a invité des artistes de renommée internationale : Anaïs Tamisier, Université de musique et des arts du spectacle de Vienne Diane Daly, directrice du département des cordes de l’Académie royale de musique de Dublin Pierre Debat, directeur du chœur des Petits Chanteurs de Monaco Aïda Niati, cheffe de chœur et pédagogue tunisienne Notons que cette soirée musicale est organisée avec le soutien de l’Ambassade de France en Tunisie, l’Institut français de Tunisie, l’Ambassade d’Autriche en Tunisie et du Consulat général de Monaco en Tunisie. L’article Concert unique « Cord...

Le SNJT réclame la libération de Zeghidi & Bssais détenus depuis 500 jours

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a appelé, ce mardi 23 septembre 2025, à la libération de Mourad Zeghidi et Borhen Bssais, qui sont détenus depuis 500 jours. Dans un communiqué, le SNJT dénonce une « tentative d’intimidation et de musellement des voix critiques » et pointe du doigt « de graves atteintes aux droits de la défense » , tout en rappelant que les deux journalistes, arrêtés le 11 mai 2024, sont poursuivis dans plusieurs affaires, ce qui leur a valu une première condamnation en janvier 2025, à huit mois de prison sur la base du décret 54. Dénonçant par ailleurs une grave atteinte à la liberté de la presse et la banalisation de celle-ci, le syndicat affirme que « l’un des acquis majeurs de la révolution tunisienne est menacé » et réaffirme donc son engagement total à défendre tous les journalistes et à lutter pour la libération de ceux en détention. Y. N. L’article Le SNJT réclame la libération de Zeghidi & Bssais détenus depuis 500 jours est ap...