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CRLDHT | «La situation de la presse en Tunisie se dégrade»

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le 3 mai 2026, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), association tunisienne basée à Paris, a publié le communiqué suivant sous le titre «La liberté de la presse en Tunisie : d’un acquis démocratique à une victime d’un régime populiste».

À l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, le Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie exprime sa vive préoccupation. La situation de la presse en Tunisie se dégrade à une vitesse alarmante. Elle était pourtant l’un des acquis les plus marquants de la révolution.

La presse et la liberté sont toujours les premières cibles des régimes répressifs. Le régime de Kaïs Saïed ne fait pas exception. Il s’inscrit dans une vague régionale et mondiale de régimes autoritaires qui s’attaquent aux libertés fondamentales, et en premier lieu à la liberté de la presse.

Depuis l’accession de Kaïs Saïed au pouvoir, le recul est brutal. La Tunisie est passée de la 75ème place en 2020 à la 137ème place en 2026 dans les classements de la liberté de la presse. Depuis lors, les prisons n’ont jamais été vides de journalistes. Ils sont poursuivis pour avoir simplement exercé leur métier. Parmi eux : Khélifa Guesmi, Chadhia Belhadj Mbarek, Mourad Zeghidi, Borhen Bsaies, Zied El Hani, Salah Attia, Amer Ayad, Sonia Dahmani et Mohamed Boughalleb. Un tableau qui rappelle des époques que l’on croyait révolues.

Ce ciblage est systématique. Il repose sur plusieurs outils. Sur le plan juridique, les mécanismes de régulation ont été vidés de leur substance. La Haica a été marginalisée. Le décret 115, garant de la liberté de la presse, a été abandonné. Des textes répressifs l’ont remplacé. Le décret 54 est devenu l’arme principale contre les journalistes.

Au-delà du droit, un climat d’intimidation s’est installé. Il ne se limite pas aux poursuites judiciaires. Des personnalités des médias font l’objet de campagnes de diffamation organisées, visant à les discréditer et à les réduire au silence. Khaoula Boukrim en est un exemple marquant : elle a été la cible de campagnes acharnées cherchant à ternir sa réputation. D’autres font face à une intimidation d’ordre juridique : Noureddine Boutar, directeur de Mosaïque FM, a ainsi été poursuivi dans le cadre de l’affaire dite du complot. Ces méthodes, qu’elles passent par les tribunaux ou par la diffamation, visent un seul objectif : décourager tout journalisme indépendant.

De nombreux journalistes ont quitté le pays sous cet effet. Les médias indépendants subissent des pressions administratives et judiciaires constantes, menaçant leur survie économique. La situation a atteint un seuil critique : l’association Al-Khatt, qui gère le site Inkyfada, est menacée de dissolution par décision judiciaire.

Les médias publics, eux aussi, ont profondément changé. Sur la forme, des institutions comme Dar Assabah ont été restructurées. Les nominations obéissent désormais à la logique de la loyauté. Sur le fond, les médias publics sont devenus une tribune pour des discours d’exclusion, d’incitation, de racisme et de désinformation. Leur rôle de service public a été trahi.

Dans ce contexte, le régime communique autrement. Il s’appuie sur le discours présidentiel unilatéral. Il mobilise les récits de ses proches. Il laisse prospérer les rumeurs, faute de sources fiables. Ce système n’a pas besoin de liberté de la presse. Il se nourrit de son absence.

La dégradation de la liberté de la presse n’est pas une question corporatiste. Elle reflète un recul général des libertés publiques. Elle signale le démantèlement des fondements démocratiques de l’État. La liberté de la presse est un droit fondamental de toute société. Elle est une condition sine qua non de toute démocratie réelle.

Face à cette situation, nous appelons à :

– Mettre fin aux poursuites judiciaires contre les journalistes et libérer immédiatement toutes les personnes détenues pour leur activité professionnelle.

– Réviser le décret 54 et tout texte portant atteinte à la liberté d’expression.

– Restaurer l’indépendance des médias publics et de la Haica, afin de garantir le pluralisme et d’empêcher l’instrumentalisation de l’information.

Communiqué.

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