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Déclaration | Un Maghreb des libertés est encore possible

Nous publions ci-dessous la «Déclaration finale» de la Journée « 5 heures pour les libertés et les droits humains au Maghreb» tenue le 2 mai 2026 à la Bourse de Travail à Paris. Cette IIIe édition a été organisée par des organisations maghrébines en hommage au militant et historien algérien Mohammed Harbi.

Nos organisations à l’origine de cette journée s’étaient déjà données rendez-vous dans cette même salle pour débattre et échanger sur un sujet d’une importance capitale. Nous avions réuni les représentant.es d’organisations de défense des droits humains de tous les pays du Maghreb pour faire l’état des lieux des libertés qui sont piétinées et allègrement bafouées par les régimes en place. L’Ensemble avait salué l’initiative et la dynamique qui nous ouvraient le chemin vers d’autres perspectives. Nous avions mesuré l’immensité des attentes et de la tâche qui nous incombe pour poursuivre cette belle dynamique amorcée.

Voici les mots sur lesquels nous nous sommes quittés la dernière fois : «Nous devons montrer aux régimes autoritaires de la région que nous serons toujours sur leur chemin pour faire barrage à leur politique répressive empreinte de haine, de chauvinisme, d’exclusion et d’intolérance. Nous ne les laisserons pas sévir impunément. Nous bâtirons des solidarités entre les peuples du monde et leurs forces vives, éprises de justice, pour les dénoncer et lever le voile sur leurs mensonges qu’ils distillent à la face du monde par rapport à leur soi-disant respect des engagements en matière des droits humains. Nous resterons unis pour leur tenir tête et leur dire que nous n’abandonnons pas nos peuples dans leur combat pour la liberté, la dignité, la justice et l’Etat de droit. UN AUTRE MAGHREB EST POSSIBLE, UN MAGHREB DES LIBERTÉS.» 

Nous nous retrouvons cette année, dans un contexte international très inquiétant, dominé par la poursuite du génocide que commet l’État criminel d’Israël contre le peuple palestinien et les agressions menées conjointement par les États-Unis d’Amérique et Israël contre l’Iran, en piétinant le droit international et faisant courir à toute la région le risque d’une guerre généralisée. Notre condamnation est totale. Notre soutien indéfectible à la cause palestinienne ainsi qu’aux peuples iranien, libanais et à tous les peuples dans leur lutte pour le droit de disposer d’eux-mêmes, a été et sera toujours au cœur de nos combats. 

Nous restons par ailleurs toujours animés de la même volonté de donner un nouvel élan à notre dynamique pour porter et défendre l’idée d’un GRAND MAGHREB, un Maghreb sans frontières, sans haine, sans chauvinisme, sans racisme ni esclavage. Un Maghreb où la liberté, la justice, l’égalité, la dignité, la pluralité, la démocratie et l’État de droit sont respectés. Bref, un Maghreb comme le voulait l’historien anti-colonial algérien, le regretté Mohamed Harbi, à qui nous dédions cette rencontre d’aujourd’hui.

Nous voulons faire de cette journée un acte politique, un espace de convergence, de résistance et de construction d’un rapport de force à l’échelle maghrébine en hommage à Mohamed Harbi dont le parcours nous rappelle que les luttes pour la liberté sont indissociables et que l’histoire du Maghreb n’est qu’une histoire de combats partagés.

Si lors de la dernière édition, nous avions mis l’accent sur l’état des lieux des libertés et la situation des droits humains au Maghreb tout en se focalisant particulièrement sur la liberté de la presse et l’instrumentalisation de la justice, cette année nous avons jugé utile de débattre d’autres sujets se rapportant à la construction de ce Maghreb tant désiré. C’est pour cette raison qu’on a scindé la journée en deux parties. Le matin, la parole était donnée aux défenseur.es maghrébin.es pour relater la situation des droits humains dans la région. Leur constat est alarmant :

De la Mauritanie à la Libye, en passant par le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, c’est un même système de répression qui frappe.

En Algérie, on emprisonne les voix du Hirak et on interdit les associations de défense des droits humains ainsi que les médias indépendants. 

Au Maroc, on condamne lourdement les figures des mouvements populaires comme ceux du Hirak du Rif et on emprisonne les jeunes de la génération Z pour briser toute contestation et toute voix critique. 

En Tunisie, on criminalise l’opposition, l’action citoyenne et la solidarité, on muselle la presse, on instrumentalise la justice pour faire taire toute dissidence et on exacerbe le racisme contre les migrants subsahariens.

En Mauritanie, on piétine les libertés fondamentales et on réduit en esclaves les citoyen.nes d’origine haratine.

En Libye, on pratique la traite d’êtres humains et on exécute sommairement des citoyen.nes dans un contexte de guerre civile qui fait des ravages.

Ce ne sont malheureusement que quelques traits de la triste réalité car les autorités maghrébines s’attaquent plus généralement aux libertés collectives et individuelles en se basant sur des lois liberticides. Les violations des droits humains les plus élémentaires sont monnaie courante. Les prisons sont de plus en plus peuplées de militant·e.s politiques, associatif·ve.s, intellectuels, journalistes et syndicalistes. Ainsi, on voit que les régimes despotiques qui sévissent au Maghreb ne convergent que pour réprimer leurs peuples.
L’après-midi, lui, a été consacré à la question cruciale de l’intégration souhaitée du Maghreb.

Nos invités, qui sont des chercheur.es, des économistes et des universitaires, toutes et tous spécialistes du Maghreb, se sont penchés sur des sujets d’ordres géopolitiques et géostratégiques qui se rapportent à l’intégration régionale. À travers leurs riches interventions, elles /ils ont questionné cette intégration sous différents angles; historiques, politiques, géostratégiques et socio-économiques.
Les visées de l’État génocidaire d’Israël sur la région en signant les accords d’Abraham avec l’État marocain, la récente mainmise des États-Unis d’Amérique sur les négociations entre le Maroc et le Front Polisario concernant le Sahara Occidental, ainsi que le début dernièrement des manœuvres militaires African Lion 26, pilotés par les USA et le Maroc, et qui regroupent la Tunisie et d’autres pays du Sahel, n’augurent rien de bon pour la région.

L’idée d’un Maghreb uni trouve ses sources dans les années 1920 lorsque les mouvements de libération nationale se sont réunis au Caire, dans le cadre de leur lutte contre la colonisation, pour constituer une commission de libération du Maghreb. Trente ans après, la conférence de Tanger de 1958 a initié la création d’une union maghrébine.

La forme et le contenu géopolitique de cette union ont été modelés au gré des régimes qui ont pris le pouvoir après les indépendances. Celle qui a été livrée et imposée aux Maghrébins s’appelle l’Union du Maghreb Arabe qui a vu le jour en 1989 à Marrakech. Une coquille vide, sans aucun impact politique majeur et dont l’appellation même, étant non inclusive, pose problème. Elle est à l’image des pouvoirs qui sévissent depuis au Maghreb. Son temps est révolu. Les peuples maghrébins méritent mieux et aspirent à une vraie cohésion.

À travers les analyses et les interrogations de nos intervenant.es sur les raisons objectives et les obstacles qui se dressent devant l’intégration et la construction d’un Grand Maghreb, malgré tous les atouts économiques et géopolitiques dont dispose la région, nous pouvons déceler en filigrane une esquisse de réponse qui désigne comme responsable le déficit criant de l’État de droit dans tous les pays du Maghreb.

Les débats et les échanges d’aujourd’hui ont permis quelques réflexions et pistes à explorer pour le dépassement. Les sociétés civiles maghrébines ont un rôle primordial pour atteindre cet objectif. C’est à nous, forces vives de ces sociétés, qu’incombe cette tâche et d’en être le fer de lance. Nous savons que le pouvoir appelle l’abus de pouvoir comme disait Montesquieu. Nous devons donc rester ce que nous sommes aujourd’hui, c’est-à-dire des défenseur.es des droits humains éternellement insatisfaits. Nous devons rester vigilants et alertes pour jouer notre rôle de garde-fou, sensibilisés et mobilisés pour des changements démocratiques en vue de l’avènement de l’État de droit dans tous les pays du Maghreb, un préalable pour une intégration future dans un Grand Maghreb des peuples pour la liberté, la dignité, la justice, l’égalité, la pluralité, la démocratie – un grand Maghreb où toutes les frontières seront démantelées pour céder la place à la libre circulation des humains et des biens.

Nous sommes conscients que le chemin à parcourir est très long, mais nous avons l’intime conviction que le salut des peuples de la région se trouve au bout de cette voie que nous empruntons.

Il est temps de construire ensemble une solidarité active et transnationale pour refuser la résignation et les frontières qui nous sont imposées.

Nous appelons toutes les forces vives éprises de justice et de liberté à se mobiliser massivement avec nous pour :
– Briser le silence imposé par la répression
– Dénoncer publiquement et sans compromis les violations des droits
– Exiger la libération de tou.tes les détenu.es politiques et d’opinion
– Défendre ensemble la liberté d’expression et une justice indépendante

Associations et organisations signataires :

Association de défense des droits de l’Homme au Maroc (ASDHOM)

Association Démocratique des Tunisiens en France (ADTF)

Association des Haratines de Mauritanie en Europe (A.H.M.E)

Association des Marocains en France (AMF)

Association marocaine des droits humains-Paris (AMDH-Paris)

Association de parents et amis de disparus au Maroc (APADM)

Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF)

Association Le Pont de Genève [SUISSE]

Collectif des familles de disparus en Algérie (CFDA)

Collectif de sauvegarde de la Ligue Algérienne des Droits Humains (CS-LADDH) 

Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT)

Coordination maghrébine des organisations des droits humains (CMODH)

Euro-Mediterraan Centrum Migratie & Ontwikkeling (EMCEMO) [PAYS-BAS]

Femmes Plurielles

Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR)

Fondation Frantz Fanon (FFF)

Forum des organisations nationales des droits humains en Mauritanie (FONADH)

Forum marocain Vérité et Justice-France (FMVJ-France)

Institut Mehdi Ben Barka – Mémoire vivante

Libertés Algérie

Na’oura-Bruxelles

Observatory on Gender In Crisis (Libye)

Pour une alternative démocratique en Algérie (PADA)

Riposte internationale [ALGÉRIE]

SOS Migrants – Belgique

Union des travailleurs immigrés tunisiens (UTIT)

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