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La diplomatie tunisienne doit s’affranchir du poids de la routine

Le ministère des Affaires étrangères célèbre, le 3 mai 2026, le 70e anniversaire de sa réhabilitation au lendemain de l’indépendance de la Tunisie, le 20 mars 1956. Les Tunisiens lui sont gré de ses contributions importantes, souvent méconnues, dans l’essor du pays. Ses diplomates ont toujours représenté dignement le pays à l’étranger. 

Raouf Chatty *

Ce département occupe une place centrale au sein de l’appareil de l’Etat. Il assume, sous l’autorité du Président de la République, la responsabilité de la mise en œuvre de la politique internationale du pays.

Favorisée par son emplacement au cœur de la Méditerranée, la Tunisie s’est toujours construite à travers son histoire depuis l’antiquité dans les brassages humains et les échanges culturels et a toujours été ouverte sur l’extérieur. 

Notre diplomatie a toujours poursuivi les objectifs suivants, souvent rappelés par le Président de la République : la défense de la souveraineté nationale et la consolidation de son invulnérabilité, la défense de la légalité internationale, de la paix dans le monde et des causes justes, le rejet de toute ingérence dans les affaires intérieures des États, le renforcement des capacités du pays et de sa sécurité globale, l’accompagnement intelligent de la communauté tunisienne à l’étranger et la contribution à la stabilité régionale.

La fidélité à ces objectifs a valu à la Tunisie le respect de la communauté internationale. Elle a toujours été perçue de l’extérieur à raison comme un pôle de stabilité dans son environnement géopolitique souvent mouvementé.

L’obligation de s’adapter

Secteur fondamental dans la vie et la pérennité de l’État, pilier majeur dans l’œuvre de développement, notre diplomatie, tout en conservant ses constantes, a besoin aujourd’hui de s’auto-auditer pour lire lucidement ses forces et ses faiblesses, mesurer ses réalisations, identifier de manière claire ses choix, fixer ses priorités et réajuster le tir compte tenu des contraintes qui pèsent sur elle et de l’environnement régional et international très mouvementé dans lequel elle évolue.

Sa mission et sa responsabilité sont d’autant plus grandes que le pays évolue aujourd’hui dans un environnement intérieur complexe et dans un contexte international tendue et exigeant caractérisé par une grande confusion et où chaque pays cherche sa voie et revoit ses alliances pour se positionner sur le nouvel échiquier politique mondial de manière à pouvoir défendre au mieux ses intérêts dans un monde très compétitif.  

Face à un monde en cours de recomposition, impulsée par l’extraordinaire révolution scientifique et technologique en cours, l’impitoyable compétition entre les grandes puissances, l’augmentation des angoisses, la multiplication des tensions, des guerres et des contraintes, la multiplication des défis en tous genres, le bouleversement de tous les repères et la naissance difficile de nouveaux paramètres, il pèse sur notre diplomatie l’obligation de s’adapter.

Il lui faudra donc lire de façon approfondie et lucide les nouvelles tendances, affiner ses moyens, mieux identifier ses espaces géopolitiques d’appartenance et mieux cibler et coordonner ses actions.

Des dossiers majeurs méritent d’être réexaminés de manière objective et approfondie : ceux relatifs à la sécurité des frontières, à l’entrée des migrants illégaux, subsahariens et autres, aux relations avec les pays voisins, à la place et au statut des colonies tunisiennes à l’étranger, à la migration des compétences nationales, aux rapports avec nos partenaires traditionnels, notamment les Etats-Unis et l’Europe (le sort de l’Aleca, dossier relégué aux oubliettes), aux difficultés rencontrées par les Tunisiens dans l’obtention des visas, aux relations avec nos partenaires arabes et africains, à la Chine, ainsi qu’avec les institutions financières internationales… Autant de dossiers stratégiques sur lesquels le ministère des Affaires étrangères doit dire son mot.

Redéfinir les priorités

Sur tous ces dossiers, la diplomatie tunisienne doit s’affranchir de la routine du quotidien, redessiner une vision globale, redéfinir ses priorités, engager nos missions diplomatiques et consulaires à faire preuve d’imagination, à mieux rentabiliser nos relations avec les pays d’accréditation, actionner davantage les leviers de la diplomatie économique et culturelle, drainer davantage de projets de développement…

Le ministère des Affaires étrangères, fort de ses nombreuses compétences, pourra s’acquitter brillamment de toutes ces missions. 

L’Académie diplomatique, en coopération avec l’Institut tunisien des études stratégiques (Ites), pourra apporter sa contribution à l’étude de tous ces dossiers…

Il faudra également penser à réhabiliter le rôle du ministère des Affaires étrangères en tant qu’autorité responsable de la coordination de l’activité de tous les intervenants officiels en relation avec l’étranger notamment dans les dossiers stratégiques et engager tous les autres intervenants à respecter cette règle.

Tous les ministères des Affaires étrangères dans les grands pays travaillent de la sorte. Cela évitera les doubles emplois et les mauvaises surprises et fera gagner à notre pays du temps et de l’argent tout en renforçant sa crédibilité sur le plan international.   

* Ancien ambassadeur.

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