D’après Walid Tritar, président de la Fédération interprofessionnelle du tourisme (Fi2t), le «all inclusive» n’est plus un choix mais plutôt une nécessité imposée par le marché ! Quel marché ? Dites, plutôt, imposé par les tours opérateurs étrangers qui poussent nos hôteliers à davantage de concessions. Ces derniers répondent à toutes les exigences des TO qu’ils justifient avec des arguments oiseux, tout en fermant les yeux sur le bradage des prix, le mal chronique dont souffre le tourisme tunisien !
Habib Glenza, à Lödz
On comprend maintenant pourquoi 177 hôtels ont été obligés de fermer en 2025, ce qui représente environ 60 000 lits (25% de la capacité d’hébergement) comme il a été révélé par le directeur général de l’ONTT Mohamed Mehdi Haloui.
Ces fermetures sont dues à des difficultés financières, ce qui revient à dire que les hôteliers ne gagnent pas suffisamment d’argent et ne rentrent pas dans leurs frais… mais au lieu de changer de méthode, ils trouvent encore le moyen d’ajouter au séjour à bas prix, le all inclusive et le bradage des prix.
Laissons parler les chiffres
Le bilan de l’activité touristique est nettement en deçà des résultats de nos concurrents directes au sud de la Méditerranée : Maroc, Egypte et Turquie.
Les recettes, en devises, de l’exercice touristique 2024/2025 :
– Turquie : 65,2 milliards de dollars pour 62 millions de touristes ;
– Egypte : 14 milliards de dollars pour 15,7 millions de touristes ;
– Maroc : 14 milliards de dollars pour 19,8 millions de touristes ;
– Tunisie : 2,5 milliards de dollars pour 11 millions de touristes.
Une simple analyse des recettes rapportées au nombre de touristes hébergés, nous donne les résultats suivants :
– Turquie : 1 500 dollars par touriste (environ 4 900 dinars) ;
– Egypte : 892 dollars par touriste (environ 2 900 dinars) ;
– Maroc : 710 dollars par touriste (environ 2 300 dinars) ;
– Tunisie : 227 dollars par touriste (environ 740 dinars).
Il résulte donc de l’analyse de ces chiffres que le touriste qui se rend en Turquie dépense 7 fois plus que celui qui visite la Tunisie, l touriste qui se rend en Egypte dépense 4 fois plus que celui qui visite la Tunisie et le touriste qui se rend au Maroc dépense 3 fois plus que celui qui visite la Tunisie. Et dire qu’il fut un temps, dans les années 1980 et 1990, où notre pays était leader en Afrique du Nord en termes d’entrées et de recettes ! C’était avant l’adoption de la panacée du all inclusive…
Monsieur Tritar, voilà à quoi nous mène votre politique, qui défend le all inclusive comme étant une nécessité et non un choix, vers davantage de difficultés financières pour l’ensemble du secteur touristique tunisien. N’oubliez jamais que des banques de développement touristiques ont fait faillite, dont la BNDT et la BDET, en raison des difficultés de remboursement des crédits accordés aux hôteliers !
Continuez à justifier et à pratiquer le all inclusive et, peut-être, d’autres gratuités, et vous allez accélérer la mort du tourisme tunisien, qui est déjà moribond, en dépit des déclarations d’autosatisfaction des responsables du secteur qui ne trompent plus personne.
Comment redresser un tourisme tunisien moribond ?
Mes conseils de professionnel du secteur pour un redressement réel de la situation actuelle du notre tourisme avant qu’il ne coule :
1 – relevez le taux annuel d’occupation qui se trouve sous la barre des 45% en recourant à des formules plus fructueuses que le all inclusive ;
2 – améliorez les services rendus, en particulier dans les hôtels 4 et 5 étoiles ;
3 – luttez contre le bradage des prix ;
4 – choisissez sans plus tarder un programme de formation continue pertinente ;
5 – mettez en œuvre un programme de formation de base, en particulier dans le secteur de la buanderie qui laisse beaucoup à désirer.
A propos de buanderie, ce sous-secteur ne bénéficie d’aucune attention ni de la part des hôteliers, ni de celle de l’ONTT (absence de formation à l’Iseth de Sidi Dhrif et aux Centre régionaux de formation relevant de l’ONTT).
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