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Le poème du dimanche | ‘‘Je te vois la larme difficile’’ de Abou Firas Al-Hamdani

Né à Mossoul en 932, au sud de l’Irak, Abou Firas Al-Hamdani est prince, poète et chevalier. (Illustration : Statue d’Al-Hamdani dans un jardin public à Alep / Timbre à l’effigie du poète émis par la Poste de Syrie).

Appartenant à la dynastie des Hamdanites, il est nommé par son cousin, Sayf Ad-Dawla, gouverneur de Manjib, au nord de la Syrie. D’où il fait des attaques contre l’Empire byzantin. Il sera ainsi capturé puis emprisonné à Constantinople, aujourd’hui, Istanbul, où il compose ce poème, selon toute vraisemblance. Il meurt en 968, à Homs. Il laisse un Diwan / recueil, l’un des plus beaux et émouvants de la poésie arabe, entre captivité, amour et nostalgie de la vie libre. Le poème, ici traduit, rendu célèbre aussi, parce que chanté par Oum Kalthoum.  

Tahar Bekri

Je te vois la larme difficile ton mérite la patience

L’amour n’a-t-il sur toi interdit et ordre ?

Mais si ! Je languis et une douleur me tenaille

Mais celui qui me ressemble ne révèle secret

Quand la nuit m’éclaire je tends ma main à l’amour

Et asservis une larme bien qu’orgueilleuse

Le feu au point de brûler mes entrailles

Quand l’attisent ma flamme et mon esprit

Tu m’assures d’aimer et la mort est préférable

Si je meurs assoiffé que la pluie ne tombe jamais !

J’ai préservé notre amour et tu l’as égaré

Plus haute que la fidélité est ta traitrise

Les jours ne sont que des feuillets aux lettres

de la main de leur auteur le bon augure

J’ai parmi les passantes du quartier une belle

Ma passion est un péché sa joie est une excuse

Elle trompe tous ceux qui me calomnient

Pour toute calomnie j’ai une oreille sourde

J’ai apparu parmi les miens en leur présence

Une demeure dont tu es absente est déserte

J’ai combattu les miens pour ton amour

Sans lui c’eût été qu’eau et vin

Si les calomniateurs ne disaient pas vrai

La foi détruirait ce que l’incrédulité construit

J’étais fidèle et dans la fidélité une humiliation

Envers une femme dont le mérite est de trahir

Posée mais la vigueur de la jeunesse la soulève

Elle se cabre parfois comme une jument

Elle demande qui suis-je mais elle le sait

Un jeune comme moi peut-il être inconnu

Je lui dis comme tu le désires

Je meurs pour toi elle dit ils sont nombreux

Je dis si tu le voulais tu n’aurais été si difficile

Tu me demandes des nouvelles bien que tu les saches

Elle dit le temps t’a nui après notre séparation

Je dis non ce n’est point le temps mais toi 

Si ce n’était toi il n’y aurait vers la tristesse voie

vers le cœur l’amour vers la perdition a un pont

L’âme dépérit entre sérieux et plaisanterie

Si la séparation l’assaille l’abandon la tourmente

Je me persuadais qu’il n’y aurait d’amoureux après moi

Mais ce à quoi main s’est accrochée est vide

J’ai médité sur mon sort ne voyant aucun repos

Si par l’éloignement j’oublie l’abandon me le rappelle

Les miens se souviendront de moi s’ils sont sérieux

C’est dans la nuit sombre que la lune vient à manquer

Si je survis ils connaissent les coups qu’ils portent au dos

Ces lances ces sabres ces blancs émincés et jaunes

Si je meurs l’être est forcément mortel

Même si la vie et les jours s’allongent

Nous sommes des gens sans mesure

Au premier des rangs ou dans la tombe

Pour atteindre la grandeur nos personnes sont insignifiantes

Celui qui demande la main d’une belle ne compte point sa dot

Les plus fiers des humains les meilleurs des vénérables

Le plus généreux sur la terre et sans vantardise

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri

Copyright

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