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‘‘Mort d’un pourri’’ | Un sommet du cinéma politique

Je viens de revoir ‘‘Mort d’un pourri’’ (1977) de Georges Lautner, et le choc est total. Ce film m’a littéralement bluffé. C’est un chef-d’œuvre à (re)voir… Loin des comédies populaires auxquelles le réalisateur nous avait habitués, ce long-métrage s’impose comme un joyau absolu du cinéma politique français.

Mohamed Sadok Lejri *

Dès les premières minutes, on est saisi par la richesse inouïe du scénario : cherchant à protéger un ami, un député rentre en possession d’un dossier compromettant. Des tueurs se lancent à ses trousses pour les récupérer… L’intrigue est réglée comme du papier à musique : le rythme est impeccable, implacable, et le film ne souffre d’aucun temps mort.

Un casting puissant

Pour porter cette machination, le film déploie un casting d’une puissance rare, regroupant les meilleurs acteurs de l’époque : Maurice Ronet, Alain Delon, Stéphane Audran, Mireille Darc, Michel Aumont, Jean Bouise, Klaus Kinski, Julien Guiomar, Daniel Ceccaldi, Ornella Muti… Les premiers rôles y sont impériaux, mais il faut rendre un hommage vibrant aux seconds rôles, tous au sommet de leur art. Ils se révèlent aussi bons, sinon meilleurs, que les têtes d’affiche. Presque chaque personnage a droit à sa tirade de haute facture ou à sa réplique marquante.

Il faut dire que les dialogues sont ciselés par un Michel Audiard en très grande forme. Il signe ici des textes géniaux et d’une noirceur rare, s’éloignant de son registre comique habituel pour embrasser une dimension tragique et profondément politique. Ce film comporte de grands moments de cinéma qui resteront gravés dans votre mémoire : d’une part, le monologue final de Klaus Kinski, dantesque de cynisme, offre une clé de lecture saisissante sur la mentalité des oligarques qui gouvernent l’Europe aujourd’hui, et d’autre part, la confrontation finale d’une tension psychologique extrême entre Alain Delon et Michel Aumont. Chaque acteur livre une prestation d’un naturel et d’une crédibilité désarmantes.

Le film est magistralement enveloppé par la musique de Philippe Sarde, dont la bande originale, à la fois mélancolique et oppressante, colle parfaitement à la noirceur du propos.

Une troublante clairvoyance

Mais la plus grande force de ‘‘Mort d’un pourri’’ réside dans sa troublante clairvoyance. En le regardant aujourd’hui, on ne revisite pas seulement un classique du cinéma des années 70 ; on prend conscience de sa dimension prophétique.

Totalement synchrone avec les mœurs de la classe politique qu’il décrivait à l’époque, le film annonçait déjà, avec cinquante ans d’avance, la domination de l’oligarchie mondialiste et d’une élite financière cynique, hors-sol et sans frontières, sur le monde politique contemporain.

En regardant ce film, ceux qui suivent l’actualité française de près ne pourront s’empêcher de faire un parallèle avec les disparitions successives, ces dernières années, de figures politiques et d’analystes de premier plan comme Olivier Marleix, Éric Denécé ou le Général Delawarde, ou encore avec la troublante vague de suicides au sein de la DGSI ; autant d’événements survenus dans des circonstances pour le moins mystérieuses, pour ne pas dire douteuses. Même l’accent de Nicolas Tomski, incarné par Klaus Kinski, évoque inconsciemment une Europe au service du Capital et sous hégémonie allemande.

Bref, un chef-d’œuvre absolu, d’une brûlante actualité.

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