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Mondial 2026 | Chronique d’un naufrage tunisien

La déroute de l’équipe de Tunisie de football, ce lundi 15 juin 2026, dans son premier match de la Coupe du Monde de football, face à la Suède, perdu par le score historiquement humiliant de 1-5, n’a pas surpris beaucoup de Tunisiens.

Latif Belhedi

Cette déroute, que beaucoup d’entre nous appréhendaient sans oser le dire ouvertement de peur d’être taxés de manque de patriotisme, est celle d’un pays qui est en train de perdre ses repères, de dilapider ses acquis et de s’enfoncer dans une crise globale dont le football n’est que l’une des facettes, la plus visible pour le grand public.

Cette défaite annoncée, qui en dit long sur l’ampleur de la crise où se morfond le pays depuis 2011, nous renvoie, également, un triste signal : c’est un joueur suédois d’origine tunisienne, Yasin Ayari, qui, en marquant le premier et le cinquième but de son équipe, a scellé l’humiliante défaite de l’équipe dont il aurait pu ou dû, dans l’ordre normal des choses, porter le maillot.

La barque prend de l’eau de partout

Yasin Ayari, qui s’est gardé de célébrer son premier but en Coupe du Monde et s’en est presque excusé, est à l’image de ces dizaines de milliers de médecins, d’ingénieurs et de hauts cadres qui, face au manque d’opportunités et de reconnaissance, ont préféré quitter le pays pour aller monnayer leur talent à l’étranger, et personne ne peut sérieusement les en blâmer. Et pour cause : lorsque le salut collectif devient inaccessible et que la barque commence à prendre de l’eau de partout, c’est le salut individuel qui s’impose comme l’unique solution.

En encaissant un premier but dès la 7e minute et un second 23 minutes plus tard, qui plus est, sur des fautes défensives primaires (même le sobre et rigoureux Ellyes Skhiri s’y était mis lui aussi), on facilite énormément la tâche des adversaires. D’ailleurs, ces derniers, techniques, rapides et rugueux, n’ont pas eu à se dépenser outre mesure pour imposer leur suprématie sur tous les compartiments de jeu. Aidés en cela par le coaching catastrophique de Sabri Lamouchi qui a aggravé la gabegie régnant au sein de l’équipe par des choix tactiques douteux (une défense avec trois axiaux, qui jouent pour la première fois ensemble… pour encaisser à la fin 5 buts !) et des changements dénués de toute logique.

Une responsabilité collective

Il ne fallait pas tant pour que la défaite s’alourdit d’un douloureux sentiment d’impuissance et d’humiliation. Jamais, en effet, les Aigles de Carthage n’ont volé aussi bas, et la faute n’incombe pas seulement aux joueurs et au staff technique : elle est partagée par tous les responsables et à tous les niveaux. Car cette déroute n’a pas commencé aujourd’hui, on en a vu les prémices depuis plusieurs années, mais on n’a rien fait pour essayer de remettre de la rigueur et de l’ordre là où règne le copinage, le bricolage et le replâtrage.

La Tunisie a encore deux autres matches à jouer au premier tour de la compétition contre le Japon (dimanche 21 juin) et les Pays-Bas (vendredi 26 juin), deux équipes autrement plus techniques, plus rapides et plus rugueuses sur le plan physique. Si le passage au second tour, rêve caressé par les Tunisiens depuis leur première participation au Mondial en 1978, est devenu quasiment impossible, on peut encore espérer des coéquipiers de Hannibal Mejbri qu’ils sauvent l’honneur de la nation en jouant mieux, en marquant des buts ou, au moins, en perdant avec plus de panache.

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