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Economie tunisienne |  Pour une euthanasie salvatrice ! (3-3)

Parmi les critiques qui pourraient être adressées à la démarche de l’auteur dans ses deux précédents articles de cette série, notamment le benchmarking des ambitions et des parcours de développement de l’économie tunisienne entre 1960 et 2026 et ceux de pays qui étaient à des niveaux de développement similaires en 1960, c’est qu’il aurait ignoré que la Tunisie manquait de ressources financières pour s’engager dans des projets stratégiques d’envergure et des réformes structurelles. C’est là un argument fallacieux, estime-t-il.  

Noureddine Horchani *

La raison d’être des institutions financières internationales est d’assurer l’intégration économique capitaliste internationale à travers la distribution du capital et l’inclusion des économies nationales dans l’ordre financier international. A ce titre, ces institutions n’auraient jamais pu refuser à la Tunisie un quelconque grand projet qui aurait changé le visage du pays dans les secteurs stratégiques. Au contraire dans leurs rapports, ces institutions reprochaient à l’Etat tunisien d’être incapable de définir des projets précis à financer (Tunisia Infrastructure Diagnostic (2024), Banque Mondiale, “ Project Development Fund for PPPs – Banque Mondiale).

En cette année 2026, la crédibilité et la solvabilité de l’Etat tunisien se sont altérées auprès des pourvoyeurs de fonds internationaux à cause du discours hostile à l’entreprenariat véhiculé par les pouvoirs publics tunisiens et également en raison du climat des affaires décourageant.

Cette situation se traduit sur le plan du classement de la Tunisie au niveau de l’investissement. Aujourd’hui, le pays occupe la 160e place sur 164 dans le classement du FMI en termes de ratio investissement/PIB avec un taux de 10,4% contre une moyenne africaine de 23,3% et 26,6% pour le Maroc.  Sur 268 projets d’entreprises annoncés depuis 2022 seulement 22 sont réellement entrés en activité soit 10% de réalisations. Ces indicateurs s’ajoutent au phénomène de départ des entreprises étrangères vers d’autres pays (récemment le Suisse Cicor Technologies parti au Maroc).

Quels auraient été les performances avec des stratégies optimales ?

Notre démarche d’évaluation du parcours de développement de l’économie tunisienne était fondée sur un benchmark sectoriel avec des économies au départ vers les années soixante, quasi proches au niveau d’un certain nombre d’indicateurs (PIB, PIB par habitant, développement humain, ressources naturelles…).

Le manque-à-gagner cumulé de la Tunisie, obtenu par la sommation des manques à gagner essuyé par chaque secteur étudié, pourrait atteindre 1000 à 2000 Mds$ : halieutique 70 Md$ ; tourisme 150Md$, R&D 350Md$, industries exportatrices 250Md$, tissu entrepreneurial 150Md$. Notre raisonnement tient compte également de l’effet synergie et multiplicateur provoqué par le développement de chaque secteur sur l’ensemble de l’économie pendant soixante années de politique économique timide et sans ambition.

Ce manque à gagner inclut la production perdue, les investissements non réalisés, les emplois non crées, les exportations manquées et la fuite de compétences. Bien entendu, il ne s’agit ici que d’un exercice contrefactuel qui ne peut prétendre mesurer avec exactitude ce qu’aurait été la réalité des secteurs économiques tunisiens dans le cas où des stratégies optimales auraient été suivie.

A travers le présent article, nous avons voulu démontrer que les politiques économiques suivies par les pouvoirs publics depuis l’indépendance jusqu’à aujourd’hui ainsi que les plans de développement successifs, quinquennaux et autres, n’auraient jamais permis à la Tunisie d’assurer un quelconque décollage économique ni de garantir la prospérité pérenne à sa population. La faillite de ces politiques est inéluctable.

Certes, ces politiques ont permis d’améliorer un tant soit peu le niveau de vie des citoyens, d’assurer un niveau minimal de services sociaux. Mais ces réalisations demeurent fragiles et exposées à tous les risques de rupture tant qu’elles ne s’inscrivent pas dans un schéma de développement intégral irréversible. Brandir le manque de ressources financières comme l’argument empêchant la mise en œuvre de projets économiques d’envergure n’est qu’un alibi pour justifier l’étroitesse des ambitions.

Apprendre à voir grand et à se projeter dans l’avenir avec ambition

L’économie tunisienne ne trouvera son salut et n’assurera la prospérité de ses citoyens qu’en voyant grand, en se lançant dans des mégaprojets catalyseurs, capables de défier les économies les plus développées dans des secteurs où elle dispose d’avantages comparatifs. 

Aujourd’hui l’humanité est entrée dans une ère nouvelle post mondialisation similaire à l’entrée dans l’ère industrielle ou à celle d’internet, c’est l’ère de l’IA ou de la «démocratisation de la connaissance». C’est une nouvelle opportunité qui s’offre à des nations comme la Tunisie, qui ont raté l’industrialisation ou la mondialisation pour rattraper leur retard, brûler les étapes et s’offrir une position privilégiée et de puissance parmi les nations.

Sous cet angle la Tunisie de 2035 ou 2040 pourrait prétendre au statut de puissance maritime contrôlant le commerce méditerranéen et disposant de l’une des plus grande flotte de transport maritime ou peut-être en statut de première puissance mondiale dans les technologies de l’énergie solaire ou parmi les plus grands constructeurs mondiaux de l’industrie navale ou même en  puissance incontournable dans les industries électroniques ou pharmaceutiques ? Autant de statuts qui ne devraient pas relever des vœux pieux mais qui constituent bel et bien des objectifs stratégiques réalisables, à inscrire dans nos plans de développement et pour lesquels les moyens devraient être mobilisés. C’est ce type d’objectifs ou plutôt d’ambitions qui mettraient définitivement notre économie à l’abri de la dépendance, de la mendicité, du chômage structurel et de la pauvreté endémique.  

Fin.

* Enseignant en sciences politiques et ancien cadre de banque.        

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