Le paradoxe du jour en Tunisie semble être le potentiel que lui prêtent de nombreux experts de pouvoir fournir l’Europe en énergie électrique alors que la part de la compensation énergétique creuse un trou de plus en plus profond dans son budget et que la principale aspiration des Tunisiens est devenue de connaître suffisamment à l’avance l’horaire et la durée des prochaines coupures d’électricité auxquelles ils se sont résignés.
Elyes Kasri *
Depuis son indépendance, la Tunisie a été le pays des contrastes. Pays arabo-musulman doté d’une société ouverte et d’un statut de la femme que certains conservateurs islamistes considéraient blasphématoire, en plus d’une qualité de vie que ses voisins nettement plus riches ne pouvaient que lui envier et cherchaient la première occasion pour en profiter.
Depuis 2011, les paradoxes se sont multipliés mais dans une direction opposée, dans la mesure où les slogans d’emploi, de liberté, de refus de toute ingérence étrangère semblent avoir enfanté leurs contraires.
Le paradoxe du jour semble être le potentiel prêté par de nombreux experts tunisiens et étrangers à la Tunisie de pouvoir fournir l’Europe en énergie électrique alors que la part de la compensation énergétique creuse un trou de plus en plus profond dans le budget national et que la principale aspiration des Tunisiens est devenue de connaître suffisamment à l’avance l’horaire et la durée des prochaines coupures d’électricité auxquelles ils se sont résignés.
La nécessaire réorganisation du secteur énergétique
Le plus grave est qu’un pays voisin utilise ce levier pour exercer une influence indue sur les choix de la Tunisie quitte à donner l’impression de vouloir la réduire au statut de province en raison de cette dépendance énergétique alors que ce même pays accapare, en vertu d’un découpage territorial colonial assimilable à un recel de bien mal acquis à la suite de ce qui pourrait être assimilé à un crime de guerre par la France coloniale, d’importantes ressources énergétiques et hydrauliques qui reviennent historiquement à la Tunisie et la mettraient à l’abri du besoin.
Les nombreux slogans de liberté, de dignité et surtout d’indépendance et de compter sur soi gagneraient, surtout dans le domaine énergétique et dans cette conjoncture socio-économique volatile, à faire l’objet d’une priorité absolue par le Conseil de sécurité nationale quitte à figurer comme un point principal et permanent sur son ordre du jour.
Outre la réorganisation du secteur énergétique et une réforme sérieuse de l’Etap et de la Steg, une décision gagnerait à être prise pour faire du plan solaire une priorité vitale nationale quitte à tout mettre en place pour rattraper les retards dans sa mise en œuvre et accélérer les prochaines étapes.
Par ailleurs, une négociation, basée uniquement sur l’intérêt national, devrait être menée avec les parties intéressées par le transit du Transmed (pipeline acheminant le gaz algérien en Italie en passant par le territoire tunisien) alors que l’échéance de renégociation des frais de transit approche.
Compter sur soi et ne rien attendre des voisins terrestres
Après avoir soulevé avec le président De Gaulle et la direction politique algérienne de l’époque la question de la restitution du Sahara tunisien, Bourguiba avait obtempéré dans le fol espoir que la reconnaissance de la dette envers la Tunisie encouragerait les dirigeants algériens à faire bénéficier la Tunisie d’au moins d’une partie des richesses du Sahara.
Il a été remercié à Gafsa, le 27 janvier 1980 **. Ses successeurs ont bénéficié de ce genre de reconnaissance, sous d’autres formes, de la part d’un régime qui se targue d’être le fer de lance de la lutte pour l’émancipation des peuples alors qu’il ne cesse d’opprimer et de piller son propre peuple.
La Tunisie ne devrait rien attendre des régimes des pays voisins qui ont poussé leurs peuples au dénuement et à l’exil et devrait prendre conscience sans la moindre illusion que son existence est déjà une menace existentielle pour ces deux pays voisins, créations coloniales et structures socio-politiques en crise systémique et perpétuelle.
Ne compter que sur soi-même. ABSOLUMENT, surtout dans le domaine de l’énergie et vis-à-vis des voisins terrestres dont le mauvais sort a accablé la Tunisie.
L’heure n’est plus aux slogans ni aux émotions déplacées, mais à l’action froide, rationnelle et surtout patriotique.
* Ancien diplomate.
** Attaque de cette ville du sud-ouest tunisien par des éléments armés infiltrés de l’Algérie voisine en connivence avec les gouvernements algérien et libyen dans le but de déstabiliser le pouvoir de Habib Bourguiba..
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