Accéder au contenu principal

Vers la création d’une université autonome à Bizerte

Un pas décisif vient d’être franchi pour l’enseignement supérieur dans la région de Bizerte. Ce vendredi 10 juillet 2026, la salle de conférence de la Faculté des Sciences a abrité une importante table ronde de concertation, réunissant l’administration universitaire et le tissu associatif, et qui a porté sur le projet de création d’une université autonome.

Lotfi Sahli, Bizerte.

Organisée sous l’égide du recteur de l’établissement, Adel Toumi, aux côtés du secrétaire général et du directeur des stages et de l’environnement, la rencontre a été marquée par la présence d’un large panel de la société civile, mené par Amor Béjaoui, figure emblématique de la vie associative locale.

Preuve de l’importance cruciale de ce projet pour la région, les forces vives économiques et associatives ont répondu en nombre à l’invitation. Parmi les participants figuraient les représentants locaux de la Confédération nationale des entreprises citoyennes (Conect) et de la Chambre de commerce et d’industrie du Nord-Est (CCINE) pour le volet économique. Le tissu associatif, quant à lui, a affiché une mobilisation pluridisciplinaire avec la participation de l’association Travail et Développement, l’association Allamni, ainsi que les défenseurs de l’environnement de l’Association de protection et de sauvegarde du littoral de Bizerte (APSLB) et de l’Association Méditerranée Action Nature.

Au cœur des débats : le projet ambitieux de fonder une université propre à Bizerte. Cette nouvelle entité s’appuie sur une réalité territoriale solide, puisqu’elle regroupe déjà 8 institutions universitaires (facultés, écoles et instituts), fédérant d’ores et déjà un bassin de 7 000 à 9 000 étudiants.

Un projet à «coût zéro» pour le contribuable

Pour porter cette ambition, la Faculté des Sciences dispose d’arguments de poids. Véritable fleuron scientifique, elle s’appuie sur des laboratoires de recherche de pointe dédiés aux écosystèmes des lacs de Bizerte et d’Ichkeul, forts de nombreuses publications internationales. Son corps professoral de haut niveau compte environ 130 maîtres de conférences et professeurs, représentant à eux seuls un tiers des enseignants de catégorie A de l’Université de Carthage.

Plus qu’une simple restructuration administrative, cette future université se veut résolument tournée vers les secteurs d’avenir. Elle ouvrirait la voie à la création de filières d’excellence axées sur les énergies renouvelables, une institution de comptabilité carbone et de transition écologique, l’intelligence artificielle et l’économie digitale. Un positionnement stratégique alors que Bizerte s’apprête à devenir un véritable hub technologique, idéalement connectée par les câbles sous-marins en fibre optique la reliant la ville à Marseille.

L’urgence de ce projet d’université autonome a d’ailleurs été mise en exergue par une statistique alarmante partagée lors des débats. Habib Fathallah a ainsi révélé que 85% des bacheliers de la région de cette année n’ont, à l’heure actuelle, aucune chance d’obtenir une orientation dans les institutions universitaires du gouvernorat de Bizerte, faute de capacités d’accueil et de filières adaptées. Un argument de poids qui démontre la nécessité absolue de retenir les talents locaux et d’élargir l’offre de formation régionale.

Face aux éventuelles réticences budgétaires, les initiateurs du projet se veulent rassurants : la création de cette université autonome ne représentera aucun surcoût pour le contribuable. Les participants ont ainsi insisté sur la viabilité logistique immédiate du projet, excluant tout problème d’infrastructure ou d’hébergement. Grâce à la pleine disponibilité des locaux existants au sein des institutions actuelles, le déploiement de la nouvelle entité universitaire pourra se faire à structures constantes, optimisant ainsi l’existant sans peser sur les finances publiques.

Une feuille de route pour créer l’Université El Jala

L’adhésion unanime des participants au principe de création de l’Université El Jala a marqué l’aboutissement des travaux de la table ronde. Les échanges, nourris et constructifs, ont permis de dégager une feuille de route articulée autour de plusieurs priorités destinées à transformer cette ambition en projet concret.

Les participants ont d’abord insisté sur la nécessité d’engager un plaidoyer auprès des pouvoirs publics afin de les informer de cette initiative et d’obtenir leur adhésion officielle. Ils ont également recommandé d’élargir la dynamique en associant l’ensemble des établissements universitaires du gouvernorat de Bizerte.

La mobilisation de la société civile constitue un autre axe majeur. Les associations et organisations non gouvernementales de la région sont appelées à rejoindre cette démarche afin d’en faire un projet fédérateur. Dans le même esprit, les acteurs économiques devront être pleinement impliqués, notamment le Pôle de compétitivité de Bizerte et le Parc des activités économiques de Bizerte (PAEB), considérés comme des partenaires stratégiques du futur établissement.

Sur le plan opérationnel, les participants ont préconisé la mise en place immédiate d’une commission de travail chargée d’élaborer les aspects techniques du projet et de préparer l’organisation d’un grand séminaire régional. Cette rencontre réunira les représentants des institutions, du monde universitaire, des acteurs économiques et de la société civile afin de poser les bases de la création de cette nouvelle institution, qui portera le nom symbolique d’Université El Jala, en référence à l’évacuation du dernier soldat français de la base navale de Bizerte qui a eu lieu le 15 octobre 1963, marquant la fin de la présence militaire de la France en Tunisie.

L’article Vers la création d’une université autonome à Bizerte est apparu en premier sur Kapitalis.



https://ift.tt/n9RbAva
#COVID19#coronavirus#Covid_19#tunisia#tun#tunisie#news

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Environnement : Enjeux géopolitiques de la COP26 à Glasgow

Tweet Share Messenger Le site où se tiendront les pourparlers de la COP26 à Glasgow, en Ecosse, du 31 octobre au 12 novembre 2021 (Crédits photo : @Nidhal Attia). À l’approche de la COP26, la politique climatique mondiale connaît une profusion d’annonces qui seront mises à l’épreuve durant les deux premières semaines du mois de novembre 2021. Entre pays ayant établi des objectifs de neutralité carbone pour 2050 (les États-Unis et l’Union Européenne) et d’autres plutôt vers 2060 (la Russie, la Chine), le défi majeur réside non dans les dates butoirs, mais dans la transformation de ces promesses tonitruantes en de véritables actions concrètes et d’établir des mécanismes de mise en œuvre transparents, capables d’entraîner de réelles réductions des émissions. La société civile internationale interpelle déjà les chefs d’États à atteindre un ‘’vrai zéro’’ fondé sur des transformations réelles pour éviter que ces objectifs de neutralité ne soient des couvertures pour l...

Concert unique « Cordes & Voix » à la Cathédrale de Tunis

Des artistes tunisiens et le prestigieux chœur des Petits Chanteurs de Monaco organisent un concert unique “Cordes & Voix” à la Cathédrale de Tunis. Ce concert, prévu pour samedi 25 octobre à 20h30 est le fruit de deux sessions artistiques d’excellence consacrées au Chant choral, la Direction de chœurs, et à la Musique de chambre. Entrée libre Pour les masterclass de ces sessions, la Fondation Hasdrubal a invité des artistes de renommée internationale : Anaïs Tamisier, Université de musique et des arts du spectacle de Vienne Diane Daly, directrice du département des cordes de l’Académie royale de musique de Dublin Pierre Debat, directeur du chœur des Petits Chanteurs de Monaco Aïda Niati, cheffe de chœur et pédagogue tunisienne Notons que cette soirée musicale est organisée avec le soutien de l’Ambassade de France en Tunisie, l’Institut français de Tunisie, l’Ambassade d’Autriche en Tunisie et du Consulat général de Monaco en Tunisie. L’article Concert unique « Cord...

Le SNJT réclame la libération de Zeghidi & Bssais détenus depuis 500 jours

Le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) a appelé, ce mardi 23 septembre 2025, à la libération de Mourad Zeghidi et Borhen Bssais, qui sont détenus depuis 500 jours. Dans un communiqué, le SNJT dénonce une « tentative d’intimidation et de musellement des voix critiques » et pointe du doigt « de graves atteintes aux droits de la défense » , tout en rappelant que les deux journalistes, arrêtés le 11 mai 2024, sont poursuivis dans plusieurs affaires, ce qui leur a valu une première condamnation en janvier 2025, à huit mois de prison sur la base du décret 54. Dénonçant par ailleurs une grave atteinte à la liberté de la presse et la banalisation de celle-ci, le syndicat affirme que « l’un des acquis majeurs de la révolution tunisienne est menacé » et réaffirme donc son engagement total à défendre tous les journalistes et à lutter pour la libération de ceux en détention. Y. N. L’article Le SNJT réclame la libération de Zeghidi & Bssais détenus depuis 500 jours est ap...