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 ‘‘Parfum de mort’’ de Sofiane Bouhdiba | L’odeur entre sociologie et médecine   

Dans son nouvel essai intitulé ‘‘Parfum de mort. Histoire médico-sociale de l’odeur’’ (Editions L’Harmattan, Paris, 30 juillet 2026, 236 pages) Sofiane Bouhdiba, professeur de démographie à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, propose une réflexion documentée et critique sur l’odeur, avec un intérêt particulier pour ses répercussions médico-sociales.

La littérature abonde en œuvres scientifiques, poétiques, théâtrales sur les parfums enchanteurs, merveilleux, paradisiaques, mythiques. Mais l’auteur préfère s’attarder sur les côtés moins connus et plus obscurs des odeurs, une manière de combler un vide littéraire.

Il interroge les miasmes mortifères, les maladies fétides, les odeurs non moins nauséabondes des remèdes, la putréfaction du cadavre, les prétendus démons porteurs de maladies, la mort et ses effluves, qui constituent autant de thématiques liées d’une manière ou d’une autre aux odeurs.

Il interroge l’odeur qui dérange, l’odeur qui rend malade, la maladie qui pue, le défaut d’odorat, qui sont autant de thématiques que Pr Bouhdiba examine dans ce livre qui a au moins le mérite d’être original.

Sa réflexion est organisée autour de trois grandes parties, à peu près équilibrées. La première s’attache à montrer que la mort a indéniablement une odeur. Après une réflexion critique sur l’olfaction et ses incertitudes, l’auteur entre dans le vif du sujet en explorant les liens, pas si évidents ni si naturels, qui ont été établis entre la maladie et sa phase ultime que représente la mort, et l’odeur.

Il montre ainsi, à travers un parcours chronologique de la littérature, que la maladie se manifeste par des odeurs, certaines pathologies étant même spécifiquement malodorantes.

Le malade puant amène à réfléchir sur le mort non moins nauséabond. Réflexion qui débouche naturellement sur l’une des plus étonnantes doctrines de la pensée médicale, qui n’a jamais véritablement disparu : la théorie des miasmes.

La deuxième partie du livre est davantage orientée vers les stratégies d’évitement des odeurs. L’auteur y montre comment les odeurs mortifères ont été évacuées tout au long de l’histoire de l’humanité, donnant lieu à de véritables théories de prophylaxie de l’odeur. Avec un œil critique, il s’attarde sur les difficultés posées par les odeurs mortifères qui s’accumulent dans les espaces clos, tels que les navires, les hôpitaux ou les prisons.

Finalement, la bonne odeur chasse-t-elle la mauvaise ? C’est la question à laquelle Sofiane Bouhdiba tente de proposer quelques éléments de réponse, avant de montrer que l’odeur, qui semble accompagner la mort dans l’imaginaire collectif, peut aussi protéger l’être humain.

Quant à la dernière partie de l’ouvrage, elle est consacrée à la thérapie par l’odeur, qui semble s’être érigée en véritable science. L’olfactométrie, science du diagnostic médical par l’odeur, amène ainsi l’auteur à réfléchir sur l’aromathérapie tant dans le monde occidental que dans la médecine arabo-musulmane.

Dans ce nouvel essai, Sofiane Bouhdiba a aussi voulu adresser un clin d’œil à feu le Professeur Abdelwahab Bouhdiba, son père mais également son professeur et son mentor, qui avait écrit il y a quelques années un livre centré sur les aspects merveilleux de l’odeur en islam.

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